A la conférence IASPM, lors du panel Music and the anthropocene organisé par François Ribac, Paul Harkins a fait mention d'un argument qui me tient à coeur sur l'idée de "musique numérique" : si la musique est un processus avant de correspondre à un objet, alors la musique n'est jamais vraiment numérique. D'abord au sens où sa condition technologique ne saurait vraiment déterminer la façon dont elle est produite, et dont elle est appropriée. Et ensuite parce que cette condition technologique reste plurielle, puisque la musique passe par divers états avant d'être échangée sous forme de "bits", que le numérique ne dit rien des multiples formes médiatiques qui l'accueillent, et enfin parce qu'elle finit par se manifester à travers le processus de transduction dans les haut-parleurs ou dans le casque, qui reste de l'ordre de "l'analogique".

J'avais développé une ligne de réflexion similaire dans un article pour Audimat : "Musique numérique : pour quoi faire ?". J'y avançais aussi quelques idées sur la théorie du goût comme "adéquation" qui ne détonent pas avec le modèle des playlists d'humeur qui dominent aujourd'hui. Par contre, la conclusion sur la responsabilité individuelle de l'auditeur a quelque chose de très moraliste que je n'écrirais sans doute pas aujourd'hui.

"Musique numérique : pour quoi faire ?", à lire ici.