[A paraître, Sociabilités numériques] L'émergence de YouTube : travail du média et rhétorique de l'innovation

En regard des discours de rupture accompagnant le « Web 2.0 », le « numérique » et les « plateformes », différentes disciplines en sciences humaines ont porté un intérêt renouvelé pour l’innovation technique et médiatique dans ses dimensions concrètes, mais aussi sur ses rationalités et ses imaginaires, sur ses déterminations et sa contingence.

Issu d’un dialogue interdisciplinaire consacrée aux transformations des médias et faisant la part belle à la sémiotique, cet article se veut une contribution limitée à ces approches pour penser le processus qui a conduit à construire et stabiliser YouTube.com, le site fondé en 2005 par trois anciens employés de PayPal, devenu propriété de Google en 2006, et parmi les plus visités au monde selon Alexa.com.

Il se focalise plus précisément sur les propositions construites autour du concept d’intermédialité et du regard sur les processus de communication permis par la sociosémiotique (Landowski 2004), la sémiotique « ouverte » (Boutaud et Verón 2007) et la sémiologie des médias (Souchier & Jeanneret 2009). Il entend également montrer comment les ingénieurs, entrepreneurs et concepteurs de médias professionnels proposent eux-mêmes des théories de l’innovation relativement sophistiquées. Les prendre au sérieux permettra de préciser l’apport de notre approche.

En bénéficiant du recul historique lié à dix ans de transformations et de discours au sujet de YouTube, il est possible d’avancer vers une qualification de YouTube, mais aussi et surtout du processus d’innovation dans lequel il s’inscrit. A cette fin, je propose une réflexion en trois temps : une lecture des recherches sur l’intermédialité, en particulier des travaux de Rick Altman, Jürgen Müller et Remy Besson ; l’analyse de trois discours sur le processus de construction de YouTube porté par ses concepteurs ; une analyse sémiologique des premiers écrans de YouTube.com.

A chaque étape de ce parcours, il s’agit d’évaluer comment des situations de communication proposent des définitions plus ou moins ouvertes ou fermées de « ce qui fait média ». Je m’attacherais en particulier à montrer comment la signification spécifique de YouTube, ainsi que le caractère plus ou moins défini et stable de celle-ci, se négocie en partie à la surface de ses pages.