[A paraître, Revue d'anthropologie des connaissances] Vers une micropolitique des formats. Content ID et l'administration du sonore.


Cet article croise les perspectives issues des études de sciences, des sciences de l’information et de la communication et des recherches sur la musique comme objet culturel. Il s’intéresse au dispositif Content ID édité par YouTube, qui sert à identifier et monétiser les morceaux de musique présents dans les vidéos publiées sur le site propriété de Google. Il s’agit d’analyser la construction d’une innovation dans les marchés de la musique et de l’internet1 reposant sur les publications des internautes. Ce dispositif s’inscrit dans la filiation d’enjeux stratégiques et de techniques liés à l’industrie musicale et à l’économie du Web, autour de l’arbitrage entre circulation des formes culturelles et leur contrôle comme œuvres et marchandises. Il se veut un compromis technologique pour la gestion du droit d’auteur en ligne, et repose pour cela sur l’ancrage de la forme musicale dans le son à travers une modélisation informatique de la musique, du son et de l’écoute, qui aboutit à l’essentialisation de l’œuvre. YouTube adjoint à cette construction technoscientifique et esthétique une définition mathématique de l’originalité, qui a des conséquences non seulement dans la régulation économique de la circulation d’œuvres soumises au droit d’auteur, mais aussi du point de vue de la définition publique des valeurs de la musique et du son.